Une image artisanale très rassurante

“Fabrication artisanale”, drapeau belge, mention Lait Bio Local avec une belle bouille de vache stylisée, “100% artisanal”,  pot de 160 ml avec un nom gourmand : tout sur l’emballage de cette glace moka donne une impression d’un produit local, simple et fabriqué avec soin par une laiterie de proximité, en petites quantités, avec des ingrédients choisis.
Limite, ça donne même confiance.
Le site mentionné sur le pot ajoute encore un sentiment de sérieux et de transparence.
Pourtant, derrière cette image rassurante se cache une liste d’ingrédients nettement plus complexe qu’on ne le pense au premier abord.
Et la mention – hallucinante pour moi car c’est la première fois que je la vois ! – d’avertissement – “Peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention des enfants” – mérite que l’on s’y attarde plus qu’un simple instant.

L’objectif ici n’est pas de diaboliser un dessert. Une glace reste une glace, et il n’est pas question d’en faire un aliment “interdit”. En revanche, il est utile de décrypter ce type de produit avec un regard lucide, parce que le marketing peut parfois donner une impression bien plus simple et naturelle que la réalité.

Dans cet article, je vais lire et analyser rapidement avec toi la composition de cette glace moka destinée aux enfants – mais pas que destinée aux enfants, parce qu’au final, c’est quand même moi qui l’ai mangée 😃!, sans jugement excessif, mais avec un regard critique.
L’objectif est simple : comprendre ce que contient vraiment ce dessert, particulièrement pour les familles qui cherchent à mieux choisir les aliments achetés puis donnés à leurs enfants.

Que contient vraiment ce pot de glace ?

A la question : “Comment ai-je trouvé la liste des ingrédients ?”
La réponse est:  “Par hasard, en retournant le pot !”


Effectivement, en tournant autour (du pot) et en regardant la liste au dos (toujours du même pot !), on voit rapidement que la liste est “très chargée” et qu’il ne s’agit pas d’une glace minimaliste composée uniquement de lait, de sucre et de café.
La base est bien laitière (lait de ferme, poudre de lait, beurre, crème, protéines de lait), – jusque-là, rien de surprenant pour une glace!
Cependant, elle est complétée par une série d’ingrédients qui servent autant au goût, à la texture qu’à la conservation.

On y trouve plusieurs sucres, des épaississants, des stabilisants, des fibres, des arômes, des additifs, des colorants et même une mention d’avertissement sur l’activité et l’attention des enfants.
Autrement dit, ce pot de glace moka est plutôt un produit ultra‑transformé, même s’il est présenté comme artisanal.

Une composition “ultra‑transformée” sous un emballage rassurant

Le problème n’est pas qu’un artisan puisse utiliser des additifs ou des stabilisants.
Le problème est surtout la différence entre le discours de l’emballage (artisanal, simple, local) et la réalité de la formulation.

Quand plusieurs sucres, épaississants, colorants et arômes sont présents dans un même produit, cela signifie qu’il est conçu pour être très attractif, stable et agréable en bouche.
Et lorsqu’il est destiné aux enfants, il est encore plus utile de regarder cette composition avec lucidité.

Les sucres multiples dans cette glace moka

En parcourant la liste, on remarque plusieurs sources de sucres différents : glucose, dextrose, sucre, maltodextrine et sirop de glucose.
Cela signifie que ce dessert n’utilise pas une seule forme de sucre, mais plusieurs, souvent combinées avec une volonté évidente de maîtriser la texture, la fonte en bouche, le goût sucré (of course!) et la sensation de douceur en bouche.

Pourquoi plusieurs sucres dans une même glace ?

Pour le fabricant, accumuler différentes formes de sucres permet :

  • de garder une texture lisse et onctueuse,
  • de réduire les cristaux de sucre,
  • de stabiliser la glace pendant le stockage.

Pour le consommateur, le résultat est simple; le produit devient appétent, facile à manger et très apprécié des enfants, avec comme effet “Kiss Cool” une charge en sucres ajoutés plus élevée que ce que le mot “glace” suggère.

Même dans un petit pot de 160 ml, cette accumulation de sucres, non plutôt devrait-on dire empilement, n’est pas anodine et doit être prise en compte.
C’est précisément pour cela que ce type de dessert doit être considéré comme un plaisir hyper méga occasionnel, plutôt qu’un aliment du quotidien que l’on banalise.

Additifs, épaississants et stabilisants : à quoi servent-ils ?

La liste d’ingrédients mentionne plusieurs substances techniques plutôt difficiles à trouver à l’épicerie du coin : amidon de maïs, plusieurs épaississants, gomme guar, E410, E466, E471, E433, ainsi que de la fibre végétale (inuline).
Leur rôle n’est absolument pas de nourrir, mais de modifier la texture, l’aspect, l’onctuosité, la stabilité et la conservation du produit.
En clair, chaque additif a une fonction et cet ensemble d’additifs donne l’image d’un produit ultra-transformé.

Quand l’artisanal devient très formulé

Un produit artisanal peut tout à fait contenir des additifs, tant que la réglementation est respectée.
Mais cela signifie aussi qu’il peut être très proche, sur le plan de la formulation, d’une glace industrielle.

Ce que l’on appelle “artisanal” renvoie souvent à l’origine de la production : une petite entreprise, une fabrication locale, un savoir‑faire.
Cela ne garantit pas automatiquement une liste courte, simple et lisible.
C’est donc à toi apparemment, en tant que consommateur éclairé par les néons de ta grande surface adorée, de prendre ta loupe ou tes lunettes de myopie/vue et de vérifier la composition, même devant un emballage rassurant.

Aie confiance ……………….. Kaaaaaa, dans Le livre de la jungle

Les colorants E102 et E110 : pourquoi la mention pour les enfants si est importante ?

Parmi les ingrédients, 2 sympathiques colorants attirent particulièrement l’attention : 

  • E102 aussi appelée la tartrazine (à vos souhaits!) est un additif alimentaire très controversé, présentant des risques d’hyperactivité pour …… les enfants ! Allez, dis !
    Accessoirement, il peut provoquer aussi des réactions allergiques type urticaire, démangeaisons ou éruptions cutanées. Sympa, en sorte !
    Il est fabriqué à partir de produits chimiques dérivés du pétrole – il arbore une très jolie couleur jaune vif, pouvant virer à l’orange – très utile pour une glace “moka” !
  • E110 (Jaune orangé S) – idem que l’autre au-dessus – pas mieux en fait !

Ces additifs sont associés, dans le cadre de certaines préparations, à une mention d’avertissement obligatoire ( c’est un minimum, non ?) qui précise : “Peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention des enfants”.

Une mention qui ne doit pas être ignorée

Cette phrase n’est pas une mise en garde allégée – elle n’est absolument pas anodine car elle
– résulte d’évaluations scientifiques et réglementaires portant sur l’association de certains colorants et d’un autre additif (souvent un conservateur) dans certains aliments
– dit qu’un ingrédient de la recette est suffisamment sensible pour justifier une mise en garde spécifique.
En même temps, cela ne signifie pas qu’une seule glace provoquera automatiquement un trouble, mais elle rappelle que certains ingrédients peuvent avoir un impact sensible chez certaines personnes, surtout chez les enfants.
Ici, on ne parle pas d’un dessert neutre et banal au même titre qu’un simple fruit.

Quand un produit destiné aux enfants porte cette mention, il est prudent de ne pas la traiter comme un simple détail.
Cela renforce l’idée que ce dessert doit rester occasionnel, surtout si l’enfant est déjà exposé à d’autres aliments très sucrés ou colorés au quotidien.

Fabrication artisanale : un terme qui peut prêter à confusion

L’adjectif “artisanale” est très valorisant.
Il évoque, dans nos inconscients collectifs, souvent du fait main, du durable, du savoir-faire local, du simple, limite “roulé sous les aisselles façon Doubidchou” voire même, selon nos croyances, d’une entreprise familiale ou d’une méthode de production particulière.
Mais dans le cas de cette glace moka, il risque de donner une impression de spontanéité et de simplicité que la composition ne confirme pas.

Artisanal ne veut pas dire “simple” ou “sain”

Je t’invite ici à intégrer qu’un produit artisanal peut tout à fait être :

  • composé de nombreux additifs,
  • riche en sucres ajoutés,
  • très formulé techniquement,
  • tout en restant “artisanal” au sens de la taille de l’entreprise ou de la méthode de production.

La vraie question n’est donc pas seulement “qui fabrique ce produit ?”, mais aussi “de quoi est-il fait ?” et “qu’est-ce que ce produit nous dit vraiment quand on prend le temps de lire l’étiquette ?”
L’emballage, le drapeau belge, le site web et le discours marketing ne remplacent pas une lecture – “spépieuse” comme on dit de par chez moi – de la liste d’ingrédients.

Peux-tu donner ce type de glace à tes enfants ?


Les enfants peuvent parfaitement manger occasionnellement de la glace, mais la composition de la glace importe en priorité.
Et celle-ci, ben, maintenant, c’est à toi de prendre ta décision en parfaite connaissance.

Quelques repères concrets pour toi, en tant que parent.

Voici quelques pistes de réflexion :

  • Si une glace – ou autre crasse industrielle, entendons-nous – contient plusieurs sucres, des additifs, des colorants et une mention d’avertissement, il est préférable de la réserver à l’occasion, voire de passer ton chemin.
  • Il est utile de comparer la liste d’ingrédients avec celle d’une glace plus simple, à base de quelques ingrédients seulement.
  • Le message n’est pas de te culpabiliser, mais de t’aider à faire des choix plus lucides, surtout quand le produit est destiné à tes enfants.

Une glace plus courte en ingrédients, sans colorants ni arômes, peut tout à fait exister.
Elle peut être moins “spectaculaire” visuellement, mais plus simple à lire et à intégrer dans une alimentation globalement équilibrée.
Je pense qu’en cherchant bien, on peut même en trouver dans des livres de recettes, mais je ne suis pas sûr, je vais me renseigner au rayon cuisine de mon libraire adoré …..

Conclusion : lire l’étiquette avant de se laisser convaincre par le packaging

Cette glace moka illustre parfaitement un phénomène fréquent de décalage: un emballage très rassurant peut masquer une composition relativement complexe.
Entre “fabrication artisanale”, drapeau belge et une liste d’ingrédients techniques et longue comme le bras, le décalage est suffisant pour justifier une vraie analyse.

Le message central de cet article n’est pas de bannir la glace, mais de te rappeler qu’il est utile de :

  • ne pas confondre “artisanal” et “minimaliste”
  • lire la liste d’ingrédients,
  • repérer la présence de plusieurs sucres,
  • surveiller les colorants et additifs,
  • valoriser des desserts plus simples quand ils existent,
  • et réserver ce type de produit à une consommation occasionnelle, surtout pour les enfants
  • et au final, peut-être, de ne pas l’acheter,
  • de la faire soi-même avec tes enfants en passant un chouette moment en famille

Je te félicite d’avoir tenu bon jusqu’ici; l’article est maintenant terminé.

Si tu as aimé cet article, dis-moi en commentaires, quel est ton principal problème pour identifier les aliments ultra-transformés et pour basculer et revenir vers une alimentation dont tu as repris le contrôle?

Je te propose à la réflexion, une petite bafouille de Coluche dans un de ses sketchs cultissime ……
“Si on nous vend de la merde, ben, c’est qu’on achète de la merde !”

Si vous avez aimé l'article, vous êtes libre de le partager :-)

6 Comments on “Glace moka “fabrication artisanale” : que vaut vraiment la composition de ce pot pour les enfants ?”

  1. Salut François, merci pour ton article sur cette chère « bonne » glace artisanale bien de chez nous !
    C’est un bel article pour sensibiliser les parents à lire les étiquettes avant de servir un produit à leur enfant, qui de prime abord semble attrayant !

    Si l’étiquette d’un produit contient une liste à rallonge et/ou des termes qui ne sont pas prononçables, cela a le mérite d’être analysé avec attention.

    • Hello Pol,
      Tu as raison, si on ne peut pas trouver la liste des ingrédients facilement, il reste important de se poser des questions et ne plus jamais faire confiance « aveuglément » aux industriels, aussi « artisanaux » soient – ils !!!!

  2. bon article où tu pars du produit artisanal et tu expliques tout en décortiquant les ingrédients.
    Personnellement ce produit artisanal j’appelle cela de la m…..comme le disait feu JP Coffe.
    Je m’arrête aux 4 premiers ingrédients si trop chimiques je pose ou je choisis en connaissance de causes

    • Hello Béa,
      Merci pour ton retour. Tu as raison d’appeler ce produit de la m….. , en pot en plus !
      Et dans ce cas précis, je n’ai même pas pu « scanner » un code-barre via OpenFoodFacts ou autre pour analyser et/ou mettre à jour la fiche produit.
      Ta règle des « 4 premiers ingrédients » est intéressante à approfondir.

  3. Comme tu le prouves, lire une étiquette reste le meilleur réflexe avant de se laisser séduire par un packaging soigné. L’emballage est conçu pour vendre, pas pour refléter fidèlement la qualité du produit.

    La vidéo que tu proposes est d’ailleurs très éclairante (et cet accent ne gâche rien !). Elle rappelle une réalité souvent oubliée : la qualité de notre alimentation dépend directement de celle des sols. Le manque de magnésium, en particulier, en est une illustration frappante.

    Le “sol vivant” n’est pas une mode récente. Ces questions étaient déjà connues, mais peu entendues. Résultat : une agriculture devenue largement dépendante des engrais de synthèse — une évolution qui doit aussi beaucoup à la nécessité d’écouler les surplus chimiques issus des guerres passées et à la volonté d’en continuer les profits.

    • Tout à fait Corinne! Tu résumes bien la situation; l’emballage est conçu pour vendre. Point !
      Et ton retour sur la qualité de la terre et sa dépendance aux engrais de synthèse, sans parler des pesticides, est malheureusement une réalité!
      A ce sujet, je termine un livre – pas récent certes mais éclairant au possible – de Fabrice Nicolino, « Le crime est presque parfait » – Préface d’Agatha Christie 🙂
      « L’enquête choc sur les pesticides et les SDHI (les inhibiteurs de la succinate déshydrogénase – en français incompréhensible!) »
      Je te le recommande si tu n’as pas déjà lu.
      Comme tu l’exprimes avec les surplus chimiques issus des guerres passées, il rappelle qu’en 1945, l’Europe est à reconstruire.
      L’étoile étincelante de « magie » a pour nom « le plan Marshall ».
      L’Europe possède alors des tracteurs assez mô-foutus paraît-il et de qualité médiocre.
      L’Amérique va alors déverser des milliards de dollars sous forme de prêts à 30 ans.
      A la condition d’acheter en retour des produits ….. américains !
      En à peine quelques années, l’apparence des campagnes européennes va changer radicalement et drastiquement !
      Le tracteur « John Deere » débarque et les pesticides et engrais déferlent dans la foulée (dont ceux dérivés accessoirement de l’agent orange utilisé lors de la guerre « écologique » du Vietnam par Monsanto- sans oublier les produits créés par Bayer via IG Farben, associé de très près à la barbarie nazie) !
      C’est – soit-disant – une révolution!
      Elle deviendra silencieuse comme le printemps du titre éponyme du livre écrit par Rachel Carson en 1962! (qui réussira tout de même le coup de force d’interdire le DDT – le pouvoir des études et des mots !)
      Notre santé, via notre alimentation, en paie encore aujourd’hui une bien lourde facture au quodidien !
      Heureusement, aujourd’hui et pour les générations futures, de nombreux et courageux maraîchers/ères, tels des colibris, supportés par leurs communautés, remettent dans nos assiettes des produits sains et naturels, en assurant un sol vivant.

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