Le vote est présenté comme le grand rituel incontournable de toute démocratie qui se respecte.
En réalité, c’est souvent une belle mise en scène qui donne l’illusion du pouvoir citoyen, pendant que les vraies décisions se prennent ailleurs, sans plus beaucoup de concertation.
Heureusement, il existe un autre vote, beaucoup plus concret, beaucoup plus fréquent, et  aussi surtout surtout surtout impossible à confisquer : celui de nos repas.

Nous mangeons trois fois par jour, idéalement quatre (en incluant l’indispensable “goûter”). Cela veut dire trois ou quatre occasions quotidiennes (!!!) de faire un choix que personne ne nous impose:
– soutenir un système alimentaire destructeur
– ou au contraire encourager une alimentation plus juste, plus sobre et plus cohérente.
À force d’acheter, de cuisiner et de consommer, nous pesons bien plus que nous ne l’imaginons !

Pourquoi parler de vote alimentaire ?

De la même manière que chacun de nos actes d’achat finance “quelque chose”, chaque assiette finance aussi “quelque chose”.
Chaque achat valide une manière de produire, de transporter, de stocker et de distribuer la nourriture. Derrière une tomate, un yaourt, une viande ou un paquet de biscuits, il y a un modèle agricole, une chaîne logistique, une économie et des choix politiques que l’on finance en permanence.

Nous pensons et nous mangeons sans voir tout cela.
Nous pensons “repas”.
Nous devrions au contraire penser “système”.
L’alimentation durable, ce n’est pas une lubie de bobos : c’est une réponse concrète à un modèle qui épuise les sols agricoles, qui charge notre nourriture d’intrants et de métaux lourds, qui “alourdit” le climat et qui – n’ayons pas peur de l’affirmer haut et fort! – abîme la santé plutôt que de la nourrir !

Ce qu’est une alimentation durable

Une alimentation durable, ce n’est pas manger triste, ni manger pauvre, ni se mettre au régime idéologique. C’est choisir une alimentation qui respecte à la fois le corps, les écosystèmes et les ressources collectives.

Concrètement, cela signifie :

  • plus d’aliments végétaux ;
  • moins d’aliments ultra-transformés ;
  • plus de produits de saison ;
  • plus de cohérence entre origine, méthode de production et besoin réel ;
  • moins de gaspillage ;
  • moins de dépendance à des chaînes industrielles absurdes.

Une alimentation durable n’est pas un sacrifice.
C’est un refus : refus du gaspillage organisé, refus de l’agro-industrie hors-sol, refus de l’assiette vide de sens et de vie.

De trois à quatre votes par jour

Le déjeuner n’est pas neutre. Le dîner non plus. Le goûter encore moins. Et même le souper !
En particulier, lorsqu’ils sont industriels, emballés, sucrés et importés de loin, ces 4 votes participent au même système.

Chaque repas est une possibilité de faire dévier la machine.
Non, pas en une fois.
Non, pas de manière parfaite.
Surtout, que ce soit “fait” et assez souvent pour que la logique change réellement.

Voter avec son assiette, c’est choisir plus souvent :

  • une base végétale plutôt qu’un produit ultra-transformé délétère ;
  • un aliment simple plutôt qu’un produit gonflé d’additifs, dénutri ;
  • un repas préparé maison plutôt qu’un assemblage industriel dégueulasse ;
  • une saisonnalité plutôt qu’une absurdité commerciale aberrante où tout est disponible à tout moment.

La tomate locale contre la tomate importée

Prenons un exemple qui parle à tout le monde : la brave tomate.
(pour l’anecdote: 5 “variétés” à tout casser dans la grande distribution alors qu’il en existe plus d’une centaine de variété différentes – cherchez l’erreur ))

Je disais donc !
La tomate de saison, locale et bio, n’est pas seulement une tomate “sympa”. C’est une tomate qui s’inscrit dans une logique plus sobre. Elle a demandé moins de kilomètres, moins de stockage, moins de ruptures de chaîne, moins d’énergie pour être acheminée jusqu’à l’assiette. Elle a été produite par des maraîchers/ères que vous connaissez!
Elle est blindée de bons nutriments et d’excellents polyphénols car elle a dû “se faire elle-même”, se défendre elle-même, tout seule, comme une grande, sans l’aide de personne et encore moins de produits dits “phytosanitaires”

Face à elle, il y a la belle et luisante tomate importée hors saison (ou plutôt 4 saisons – comme les pneus!) – que j’appelle “balle de tennis” car on peut la laisser tomber et elle “rebondit” comme par miracle – essayez donc avec une tomate locale sans additifs, vous verrez la différence !
La tomate “4 saisons” a souvent parcouru des milliers de kilomètres.
C’est celle qui a mobilisé des camions, des plateformes logistiques, des entrepôts, parfois du froid, parfois du reconditionnement, et toute une machinerie lourde pour finir dans un rayon déjà saturé. Et indirectement, toutes les “usines” qui ont servi à construire tous ces équipements, ne l’oublions pas !
Ce n’est pas juste “une tomate”.
C’est aussi et surtout un fragment de pétrole, de béton, de transport et de dépendance.
Oui, oui, osons le mot et la phrase: dépendance à un système, gavé et addict niveau ++++ aux énergies fossiles!

Alors oui, il faut nuancer : l’impact global ne dépend pas seulement de la distance, mais aussi du mode de production et de la chaîne complète, on est bien d’accord !
Mais dans les faits, entre une tomate de saison issue d’un circuit plus court et une tomate importée portée par une logistique lourde, le choix est politique autant que nutritionnel !

Ce qu’il faut changer concrètement

Si l’on veut sortir du système et commencer à dessiner le monde de demain, il est possible de  passer progressivement à des gestes simples :

  • acheter plus souvent des produits bruts à des producteurs locaux;
  • cuisiner davantage ;
  • réduire les aliments ultra-transformés ;
  • remettre les légumes au centre de l’assiette ;
  • choisir majoritairement des aliments de saison ;
  • privilégier les circuits courts qui ont du sens ;
  • consommer moins, mais mieux.

La clé n’est pas la perfection. Elle ne le sera jamais !
La clé, c’est la répétition.
Trois repas “maison” par jour, c’est déjà une stratégie. Quatre, encore plus. (oui, oui, j’y tiens au goûter )
Chaque fois qu’on choisit mieux, on retire un peu de pouvoir à un système – notamment  alimentaire –  qui ne pense ni à la santé, ni à la Terre, ni aux générations futures!
Et en même temps, on donne notre pouvoir à un système respectueux de la Terre et aux hommes et femmes qui la travaillent !

Garder du plaisir sans renoncer à l’exigence

Être militant ne veut cependant pas dire être triste.
Une alimentation durable va être savoureuse, vivante, joyeuse. Ludique, même !
Elle sera conviviale, locale, colorée et rassasiante.
Le piège que le système “martèle” au quotidien, c’est de croire qu’un discours exigeant doit forcément être austère et qu’il ne “sera pas possible de nourrir tout le monde de cette manière”. N’importe quoi !
Un pays – dit civilisé, excusez du peu ! – de 66 millions d’habitants génère en moyenne 11 millions de tonnes (oui oui, vous avez bien lu!) de déchets alimentaires non consommés 1!
Et tout le monde s’en fout !….

En réalité, plus on revient au simple, plus on retrouve le goût.
Plus on sort des produits ultra-transformés, plus on redécouvre les vraies saveurs. Et plus on se rapproche d’une alimentation cohérente, plus on sent qu’on reprend du contrôle!
Et ça, qu’est-ce que ça fait du bien au moral !

Ce qu’il faut retenir, en clair et sans décodeur !

Voter avec son assiette, c’est refuser de laisser le système décider à notre place trois ou quatre fois par jour. (si si j’insiste)
C’est comprendre qu’un repas n’est jamais anodin.
C’est un acte de souveraineté au quotidien.
C’est cesser de croire que l’alimentation se résume à des calories vides de nutriments et à des habitudes dictées par le marketing hyper-puissant de 12 sociétés mondiales qui décident, via les supermarchés, de 98 % de ce que l’on mange !
Dingue, non ?

Chaque acte d’achat envoie un signal.
L’avantage de l’acte d’achat alimentaire est qu’il est répété et mis en œuvre au quotidien !
Chaque repas soutient un modèle.
Et chaque choix répété construit, à sa manière, le monde dans lequel on veut vivre.
Une tomate locale et de saison n’est pas une révolution.
Et en même temps, mise bout à bout avec des milliers d’autres choix cohérents, elle devient une force politique silencieuse, concrète, et bien plus réelle qu’un bulletin de vote déposé une fois tous les “x” ans.
Et surtout, cette force est inarrêtable !

Et vous, que pensez-vous de cette “force” invisible que nous possédons tous ?
Comment la mettez-vous en œuvre à votre échelle, aussi minime soit-elle ?
Dites-le moi en commentaires !

Il n’y a pas de petits gestes si nous sommes des millions à les réaliser !
Je suis fermement convaincu que le pouvoir est dans l’assiette !
J’écrivais dans l’introduction que personne ne peut nous imposer nos choix alimentaires.
Affirmation qui restera toujours vraie tant que nous continuerons à soutenir tous les producteurs/trices locaux/ales bio et que ces derniers/ières continueront d’exister.
Le jour où le/la dernier producteur/trice aura disparu et qu’il n’y a plus aucune terre de disponible pour cultiver et élever de quoi nous nourrir sainement, ce jour-là, oui, le système aura gagné et nous mangerons ce qu’il aura décidé !
En attendant, et même si cela nous semble compliqué et inaccessible, nous détenons le pouvoir !
A nous de décider si nous le gardons ou pas !

  1. Voir l’excellent livre de Nora Bouazzini – “Mangez les riches: la lutte des classes passe par l’assiette!” – Editions Nouriturfu ↩︎

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3 Comments on “Comment voter 3 fois par jour avec une alimentation durable ?”

  1. Voilà un article que tout le monde devrait lire !
    Surtout nos jeunes aux collèges et aux lycées, ces futures parents qui cuisineront après demain pour leurs enfants ( ou pas !) .
    Et si en parallèle ils pourraient y avoir des cours de cuisine / jardinage / nutrition dans nos collèges et lycée ; ce serait formidable (et cohérent ).

    • Merci Joëlle pour ton retour.
      « Si voter pouvait changer quelque chose, il y a longtemps que cela serait interdit » …… Coluche
      Sauf ce vote alimentaire permanent qui lui, va changer les choses!
      Je suis entièrement d’accord avec toi; nos jeunes devraient/pourraient (biffer la mention inutile 🙂 ) être éduqués à des d’autres compétences essentielles utiles au quotidien !
      Et cela ne serait en aucun cas incompatible avec le « programme » des écoles, collèges et lycées ou autres; cela demanderait certes quelques aménagements « raisonnables » et en même temps pas impossible à réaliser!
      Ainsi, dehors, au contact de la nature, en jardinage, pour une mise en situation « pratico-pratique » du théorème de Pythagore pour dessiner des planches de culture de 1,2 m de large sur 8m de long, sans équerre bien entendu ….. en obtenant de parfaits rectangles!
      Pour aboutir au final à des enfants-adolescents-adultes et comme tu le soulignes, de futurs parents, ouverts au monde et à leur capacité de nourrir la Terre et leur santé en retour. Le tout en pleine conscience !

  2. Voter 3 fois ? Je prends !

    Ton article rappelle une liberté à laquelle on ne pense pas forcément, perdus que nous sommes dans le brouhaha du monde: La liberté de faire des choix à portée « politique », en tant que simple citoyen.
    Merci de nous aider à le concrétiser au travers de nos achats en nourriture.

    Je reste conscient que ce n’est malheureusement pas toujours accessible à tous, partout dans le monde. Il y a souvent le coût qui peut freiner, la pénibilité du travail, la fertilité des sols, la propriété des terres, la présence de commerces ou de maraîchers de proximité, l’accès à un jardin, à l’eau, etc.

    Il y a en tout cas de la place pour des projets porteurs de sens et d’espoir, qu’ils soient petits ou ambitieux.

    Je retiens particulièrement :
    « L’avantage de l’acte d’achat alimentaire est qu’il est répété et mis en œuvre au quotidien ! »
    « Il n’y a pas de petits gestes si nous sommes des millions à les réaliser ! »

    Une chose me chipote, toute simple à priori :
    Dans ma petite enfance, j’ai toujours connu les oranges et les bananes. C’était inscrit dans notre culture alimentaire. Les oranges pour les vitamines et les bananes pour ?
    Aujourd’hui, comment appréhender la question de ces fruits exotiques ?
    Il y a bien le label fairtrade qui existe pour les bananes, mais elles viennent quand même de loin.
    Alors, que fais-t-on ? On cesse de manger oranges et bananes ?
    Qu’est-ce qui serait cohérent vis-à-vis de ces fruits, tellement ancrés dans nos habitudes ?

    Merci d’avance,
    JP

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