Il faut arrêter de traiter le surpoids et l’obésité comme des accidents individuels, isolés, presque honteux. Ce sont des phénomènes de masse, installés par un environnement malsain qui pousse à trop mal manger, trop s’asseoir, trop pas assez bouger, trop mal et pas assez dormir et trop mal gérer le stress (j’aime bien les “trop” !).
Si on veut vraiment stopper cette pandémie, il faut cesser de chercher des solutions médicamenteuses douteuses et commencer à attaquer les véritables causes.
Désolé, ça va piquer !
Ce n’est pas une question de morale.
C’est une question de système.
Et tant qu’on ne changera pas l’assiette, le mouvement, le sommeil et le stress, on continuera à voir les mêmes dégâts se répéter, génération après génération et ce, insidieusement depuis les années 50, depuis les fameuses 30 “glorieuses”, que l’on ferait bien de renommer plus justement en les 30 “désastreuses”, ce qu’elles ont été en vérité dans notre changement de mode de vie ! Un désastre !
Une pandémie qui ne dit pas son nom
A la surprise générale, il y a 3 ans, la population des personnes obèses (tous âges confondus!) dans le monde a dépassé le milliard ! 1 (“et c’est pas rien de le dire” – Mickey3D)
Dans les pays civilisés, voyez-vous, le nombre d’obèses double tous les 15 ans! C’est ce qu’on appelle, en langage mathématique français “courant”, une très jolie courbe exponentielle !
Dans les pays civilisés, voyez-vous, plus de 50 % de la population âgée de 3 ans ou plus, est en situation de surpoids ou d’obésité.
Et c’est assez troublant que cette “explosion” se retrouve – comme par hasard – parfaitement synchrone avec la progression de la distribution d’aliments industriels “ultra-transformés”, sucrés, avec du mauvais gras, trop salés, bourrés d’additifs et autres crasses diverses …… 2
Vous allez me dire – et je le sais: “corrélation ne veut pas dire causalité !”
Mais quand même, avouez (peignoir) tout de même que c’est assez troublant ! (… LN de Julien Clerc ..)
Après le/la/iel (faites votre choix) Covid19, on se retrouve en face de la première pandémie non infectieuse de l’histoire de l’humanité (rien que ça!) et elle s’appelle l’obésité.
Le mot “pandémie” n’est ainsi pas choisi pour vous faire peur !
Non, non, pour vous faire très peur !
Il décrit une réalité : la progression du surpoids et de l’obésité touche une part énorme de la population et alimente une cascade de maladies chroniques dites de civilisation: diabète de type 2, dyslipidémies,hypertension artérielle, maladies cardiovasculaires et neurodégénératives, cancers, …
Sans grande surprise, ces maladies vont tuer, raccourcir l’espérance de vie en bonne santé, faire exploser les budgets de sécurité sociale et par conséquent la dette collective.
Le problème n’est donc plus marginal. Il est structurel.
Le plus grave, c’est que cette situation est souvent présentée comme une fatalité.
Comme si tout reposait sur la volonté individuelle.
C’est faux, et c’est précisément ce récit-là qu’il faut combattre. La prise de poids durable résulte d’un ensemble de 5 facteurs qui s’additionnent : alimentation, sédentarité, sommeil insuffisant, stress chronique, environnement obésogène.
L’assiette, le premier “levier”
Si l’on veut stopper cette pandémie, il faut revenir à l’évidence : l’assiette est le premier levier.
Ce que l’on mange tous les jours finit toujours par laisser une trace. Les produits ultra-transformés, les boissons sucrées, les portions trop grandes et les repas désorganisés poussent à manger plus que nécessaire sans même s’en rendre compte.
Le système agroalimentaire moderne ne nous aide pas.
Il fait pire que cela !
Comme une économie en permanence en temps de guerre, il nous bombarde de produits faciles, rapides, sucrés, salés, bon marchés et hyper palatables.
Résultat : on mange trop, trop vite, trop souvent, et surtout trop loin du réel besoin du corps.
Ce qu’il faut remettre au centre
- Des aliments bruts ou peu transformés.
- Des légumes, beaucoup, à chaque repas.
- Des protéines choisies avec intelligence.
- Des féculents simples et rassasiants.
- La simple eau comme boisson..
La prévention commence là.
Dans le champ, dans le panier, dans la cuisine, dans le contenu de l’assiette.
Et pas dans les slogans publicitaires miniatures et débiles type “Pour votre santé, mangez moins gras, moins sucré, moins salé!”
On s’en tape (“comme de l’an 40”) de ce qu’il ne faut pas faire !
Bouger pour ne pas s’enliser
Des bras, des jambes, des muscles.
Le corps humain est fait pour le mouvement. Quand il ne bouge plus assez, il dépense moins, il s’encrasse davantage et il perd une partie de ses capacités métaboliques. Le problème n’est pas seulement le manque de sport. Le problème, c’est l’inactivité chronique, banalisée comme si rester assis toute la journée était normal.
Il faut le dire clairement : un corps immobile est un corps exposé. Exposé à la prise de poids, oui, mais aussi à l’affaiblissement musculaire, à la baisse d’énergie et à une santé métabolique qui se dégrade.
On rencontre ainsi des personnes en situation d’obésité et de sarcopénie, qui restent grosses en masse grasse, mais qui ont perdu du muscle, ce qui s’avère nocif pour leur santé!
Pour comprendre ce phénomène pour le moins étonnant, je vous invite à lire mon article – La graisse brûle-t-elle le muscle ? Mythe ou réalité ?
Ce qu’il faut imposer dans nos vies
- Marcher davantage.
- Augmenter le temps en mouvement.
- Bouger entre deux tâches sédentaires/administratives.
- Ajouter du renforcement musculaire.
- Remettre le corps en circulation, tous les jours.
Le sport ne doit plus être une option décorative du week-end.
Le mouvement doit redevenir une norme quotidienne.
Le sommeil, allié ou saboteur
On ne stoppera pas l’épidémie d’obésité en continuant à sacrifier le sommeil sur l’autel de N@tfl!x. C’est impossible. Le manque de sommeil dérègle l’appétit, augmente les envies de produits riches et affaiblit la capacité à faire des choix alimentaires cohérents.
Dormir mal, c’est souvent manger mal le lendemain. Et manger mal, c’est souvent dormir encore plus mal ensuite. Le cercle est infernal. Ce n’est pas un détail de mode de vie, c’est un déterminant majeur de la prise de poids.
Ce qu’il faut protéger
- Des horaires réguliers.
- Des soirées moins envahies par les écrans.
- Un vrai temps de récupération.
- Un endormissement moins chaotique.
- Une attention sérieuse aux troubles du sommeil.
Le sommeil n’est pas un bonus.
C’est une base de santé publique.
Et cassons la croyance du: “on se reposera quand on sera mort!”
Le stress, carburant silencieux du déséquilibre
Le stress chronique est un accélérateur de désordre. Il pousse à manger plus vite, plus sucré, plus désorganisé. Il fragilise le sommeil. Il réduit la disponibilité mentale pour cuisiner, bouger, planifier, anticiper.
Quand le stress devient permanent, le corps ne cherche plus l’équilibre. Il cherche la compensation. Et la compensation passe souvent par l’alimentation-pulsion, les fringales, les repas sautés puis rattrapés, les envies de sucre ou de gras.
Ce qu’il faut faire
- Réduire ce qui peut l’être.
- Mieux structurer les journées.
- Revenir à des repas à heures fixes, idéalement en famille avec un plat unique.
- Mieux identifier les émotions qui déclenchent les prises alimentaires.
- Demander de l’aide quand la pression devient trop lourde.
On ne gagnera rien à invisibiliser l’épuisement.
Le stress chronique est un facteur de risque à part entière.
L’environnement obésogène et les lobbies agroalimentaires
Le problème ne vient pas seulement de nos vies individuelles. Il vient aussi d’un environnement structuré pour favoriser la surconsommation alimentaire. Les lobbies agroalimentaires ont un rôle central dans cette logique : ils influencent les produits disponibles, les prix, les formats, la publicité, et même les discours souvent présentés comme “neutres” ou “pseudo-scientifiques”.
Les grandes marques investissent massivement dans le marketing, la transformation, la standardisation et la distribution de produits ultra-transformés, conçus pour être hyper palatables et faciles à vendre en grande quantité. Ces produits sont souvent conçus pour inciter à consommer plus que nécessaire, à grignoter, à acheter plus souvent, à acheter certaines gammes et à rester fidèles à la “marque”.
Retenez ceci ! – Une grosse dizaine de sociétés agroalimentaires décident de plus de 95% de ce qui se trouve sur l’étalage des grandes surfaces.
Vous pensez vraiment avoir le choix ?
À cela s’ajoute une publicité agressive et écoeurante, essentiellement axée auprès des enfants, et une pression constante sur les prix qui favorise les options les moins chères, souvent les moins saines.
Résultat : une population qui ne mange pas seulement “par choix”, mais dans un environnement qui pousse durablement vers l’excès, vers la transformation et vers la dépendance alimentaire.
Le vrai problème : tout se mélange
Le piège, c’est de vouloir traiter séparément ce qui fonctionne ensemble. En réalité, alimentation, activité physique, sommeil et stress se répondent en permanence et sont liés.
Une mauvaise alimentation fatigue. La fatigue réduit le mouvement. Le manque de mouvement dégrade l’humeur. Le stress augmente. Le sommeil baisse. Et la prise de poids s’installe sans faire de bruit.
C’est pour cela que la prévention ne peut pas être morcelée.
On ne “corrige” pas le surpoids ou l’obésité avec une seule consigne.
Il est essentiel de remettre de l’ordre dans tout le mode de vie.
Ce qu’il faut changer pour de bon
Si l’on veut vraiment stopper cette pandémie, il faut agir sur plusieurs niveaux à la fois.
- Dans l’assiette : plus simple, plus brut, plus végétal.
- Dans le mouvement : plus de marche, plus de force, plus de muscles.
- Dans le sommeil : plus de régularité, plus de récupération.
- Dans le stress : plus de structure, plus de respiration, plus de temps pour soi.
Ce n’est pas spectaculaire. Et c’est précisément pour cela que ça fonctionne!
La prévention ne fait pas de bruit.
Elle construit des habitudes saines et fortes.
Et ce sont ces habitudes qui, à la longue,font la différence.
Ce ne sera pas facile, loin de là!
Pour la facilité, voyez avec la médecine traditionnelle pour la prescription de médocs “miracles” ainsi que dans les magazines « santé » dans lesquels pullulent moult régimes tous plus inefficaces les uns que les autres !
Ce qu’il faut retenir et comment passer à l’action
Le surpoids et l’obésité ne sont pas des fatalités individuelles. Ce sont les symptômes visibles d’un mode de vie et d’un environnement qui dérèglent l’équilibre du corps.
Si nous voulons stopper la pandémie, il faut avoir le courage de regarder la réalité en face : l’assiette, le mouvement, le sommeil et le stress sont les vrais leviers.
Pas les discours culpabilisants, pas les promesses miracles, pas les recettes magiques. Et si vous êtes plus pour les miracles, il y a une pléthore d’endroits sympathiques dans le monde qui s’en occupent !
Appels à l’action citoyenne directe
Ce ne sera pas suffisant de changer nos assiettes.
Il convient aussi de changer le système qui nous entoure.
Voici ce que vous pouvez faire, dès maintenant, concrètement, sans attendre que “les décideurs politiques” agissent.
Commencez chez vous.
Ne sautez pas l’étape. Réorganisez vos courses, votre assiette, vos repas, votre cuisine. Choisissez des aliments bruts, des légumes, des protéines simples. Réduisez ou supprimez carrément les produits ultra-transformés. Cuisinez plus souvent. Mangez plus lentement. Mangez en famille. Faites de votre assiette un acte de résistance quotidien. Voyez comment le vote se cache dans l’alimentation durable dans l’article – Comment voter 3 fois par jour avec une alimentation durable ?
Exigez plus de transparence.
Lisez les étiquettes. Ne laissez plus les produits ultra-transformés se cacher derrière des slogans “light”, “sain”, “naturel” ou “pour la forme”. Interrogez les marques. Posez des questions. Donnez votre avis. Plus les consommateurs sont vigilants et intelligents, plus les entreprises sont contraintes de réagir.
Pour un exemple de lecture d’une étiquette d’un produit “artisanal”, je vous invite à découvrir l’article – Glace moka “fabrication artisanale” : que vaut vraiment la composition de ce pot pour les enfants ?
Soutenez les circuits courts et les producteurs locaux.
Achetez chez les producteurs et maraîchers, sur les marchés, dans les coopératives, les épiceries circulaires. Plus vous soutenez les circuits courts, plus vous affaiblissez la logique des chaînes industrielles massives.
N’acceptez plus la publicité toxique pour les enfants.
Faites pression sur les écoles, les communes ou municipalités, les associations, les hôpitaux et tout ce qui se présente dans l’espace public. La publicité pour les produits ultra-transformés, les boissons sucrées et les snacks industriels ne doit plus être autorisée autour des enfants, dans les écoles, dans les transports, dans les lieux publics.
Rejoignez et soutenez des collectifs citoyens.
Les collectifs locaux, les associations de consommateurs, les groupes de santé publique, les mouvements pour une alimentation durable, les réseaux de prévention du surpoids et de l’obésité sont des forces réelles. Plus on est nombreux, plus on pèse sur les décisions. Il y en a forcément autour de vous. Renseignez-vous !
Exigez des politiques publiques militantes.
N’acceptez plus que les politiques de santé publique soient soumises à la puissance “soft power” des lobbies. Exigez des réglementations claires sur les produits ultra-transformés, sur la publicité, sur la fiscalité des produits nocifs, sur l’étiquetage, sur la transparence et sur l’information du public. La santé publique ne doit pas être négociable.
Organisez-vous localement.
Mettez en place des ateliers de cuisine, des groupes d’achat, des jardins partagés, des actions de prévention dans les écoles, les quartiers, les associations. Plus on agit localement, plus on reconstruit un système alimentaire aligné avec la santé et la justice sociale.
La bonne nouvelle, c’est qu’on sait par où commencer.
On commence dans l’assiette.
On continue dans le corps.
On protège le sommeil.
On reprend la main sur le stress.
Et on cesse enfin de laisser l’environnement décider à notre place.
Easy, non ?
Chaque action individuelle compte.
Chaque action collective compte encore plus.
Et c’est ensemble, dans la durée, que l’on peut stopper cette pandémie, pas à pas, assiette après assiette, sommeil après sommeil, marche après marche, action après action.
La mauvaise nouvelle, c’est qu’il va falloir s’y mettre !
Bravo ! Si vous êtes arrivés jusqu’ici, c’est que la persévérance fait partie de vos qualités !
Et si vous avez lu par 2 fois, le mot “palatable”, c’est que l’attention fait également partie de vos qualités.
Ca ne vous dit toujours pas ce que veut dire “palatable”? Ce n’est pas faux. Patience ! Un futur article en parlera !
En attendant, donnez-moi en commentaire, votre avis sur cette “pandémie” silencieuse et non infectieuse.
A quel point vous sentez-vous concernés ?
- Gérard M., Lemaignon J., « Plus d’un milliard de personnes sont aujourd’hui obèses dans le monde », Le Monde, 2024.
Obésité et surpoids, OMS, 2024. ↩︎ - Cordova R. et al., « Consumption of Ultra-processed Food associated with weight gain and obesity in adults: A multi-national cohort study », Clinical Nutrition, 2021, 40. ↩︎
J’ai apprécié que tu mentionnes le sommeil parmi les facteurs qui contribuent à l’obésité. Ce n’est sans doute pas le premier facteur causal, mais un élément causal qui est trop souvent négligé, alors qu’il joue un rôle indéniable.
Merci pour cette belle piqûre de rappel ! J’ai surtout retenu ton idée que le surpoids n’est pas une affaire de volonté mais d’environnement, et que les cinq facteurs s’entretiennent les uns les autres. Tes appels à l’action donnent envie de commencer par sa propre assiette plutôt que d’attendre les décideurs 🙏
On ne contrôle que son assiette et c’est tant mieux à vrai dire!
Légalement, on pourrait interdire ou limiter par exemple toute publicité pour la malbouffe.
En attendant d’hypothétique telle décision, tu as raison de commencer de reprendre en main sa propre assiette.
Merci pour cet article qui décortique les 5 facteurs conduisant à l’obésité. Oui, c’est une question de prise de conscience, de vigilance et de persévérance. 🙏
Merci pour ton commentaire !
Je suis bien d’accord avec ce tu as écrit ton ton article. Il faut regarder l’ensemble des facteurs pour savoir pourquoi on devient obèse. Coté alimentation, je dirai aussi qu’il faut prendre le temps de lire les étiquettes avant d’acheté des produits transformés ou pas. Aujourd’hui, bcp choisissent la facilité parce qu’ils ne prennent pas le temps de cuisiner. Pourtant, cuisiner, c’est méditatif, relaxant,…
Cuisiner est en effet méditatif, particulièrement quand je connais les personnes qui ont produit les ingrédients qui vont être utilisés.
Apprendre à lire les étiquettes n’est pas aisé du tout en effet!
Une appli comme OpenFoodFacts peut être utile à ce sujet.
Elle n’est pas parfaite certes, et en même temps, elle donne pas mal d’infos très rapidement sur le contenu du produit.